justice

La clé est sous le paillasson.

L’associé et fils de Bernard Tapie s’exile en Belgique

|  Par Laurent Mauduit _Mediapart

Laurent Tapie, qui gère une partie de la fortune de son père, s’est discrètement installé début septembre dans une banlieue huppée de Bruxelles. La décision a visiblement été prise dans le cadre d’une stratégie globale de la famille pour se protéger des retombées de l’enquête judiciaire ou des curiosités de l’administration fiscale.

C’est un nouveau signe du mouvement de panique qu’a suscité au sein du clan Tapie l’accélération des enquêtes judiciaires autour du célèbre arbitrage Adidas-Crédit Lyonnais et les mise en examen d’une cascade de personnalités, dont Bernard Tapie lui-même, pour « escroquerie en bande organisée ». Selon nos informations, le fils de l’homme d’affaires, Laurent Tapie, qui gère une partie de la fortune de son père, s’est discrètement installé depuis le 1er septembre dernier dans une banlieue ultra-chic de Bruxelles. La décision a visiblement été prise dans le cadre d’une stratégie globale arrêtée par la famille Tapie pour se protéger le plus possible des retombées de l’enquête judiciaire ou des curiosités de l’administration fiscale.

On pourrait certes penser que les destinées de Laurent Tapie n’ont strictement aucun intérêt. Inconnu du grand public, l’intéressé n’a pas joué le moindre drôle dans l’arbitrage controversé, qui est au coeur de mon livre Tapie, le scandale d’Etat (Stock), à paraître mercredi 16 novembre. Et Bernard Tapie use lui-même souvent de l’argument : « Ecrivez sur moi, si vous y tenez. Mais, lui, laissez-le tranquille ».

Et pourtant si ! D’abord, les affaires de Laurent Tapie s’entremêlent totalement à celles de son père : la principale société qu’il dirige en France, BLT Développement (BLT signifiant : Bernard Laurent Tapie) en qualité de directeur général, est contrôlée à 99% par Bernard Tapie, qui en est le président . Les statuts de la société précisent d’ailleurs en leur article 2  – cela ne s’invente pas – que « le nom commercial de la société sera “Les combines à Nanard” » .

Le fils est donc, en quelque sorte, l’un des fondés de pouvoir du père et travaille avec son argent. Selon nos informations, il pourrait même avoir une option sur les titres de son père, de sorte que BLT Développement soit une société à son nom, si cela était un jour utile. De surcroît, il apparaît de plus en plus probable que, gérant en partie leurs affaires ensemble, le père et le fils aient arrêté une stratégie concertée pour se prémunir des retombées possibles des enquêtes de la police et de l’administration des impôts. La délocalisation de Laurent Tapie à Bruxelles est donc moins anecdotique qu’on pourrait le penser.

Selon nos informations, Laurent Tapie, qui n’est plus présent dans ses bureaux parisiens qu’environ deux jours par semaine, a signé un bail à la mi-août pour devenir le locataire d’une charmante villa près de Bruxelles, dans laquelle il a emménagé début septembre avec son épouse et ses enfants.

Cette belle villa (dont Mediapart a décidé de ne pas indiquer la localisation précise) se trouve dans la petite localité huppée et verdoyante d’Uccle, qui se situe à moins de dix kilomètres au sud de Bruxelles. Outre qu’elle accueille le lycée français Jean-Monnet, Uccle est devenue célèbre pour accueillir de très nombreux Français richissimes qui cherchent à fuir l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). C’est là en particulier qu’a d’abord pensé prendre racine le milliardaire Bernard Arnault, patron de LVMH, quand il a envisagé de demander la nationalité belge – ce  à quoi il a finalement renoncé.

Soit dit en passant, Bernard Tapie, culotté comme on le connaît, avait alors pris une posture dont il est coutumier. Dans un entretien au Parisien, il avait fait le leçon à Bernard Arnault : « Il ne devrait pas faire cela ! », s’était-il indigné. « Je n’arrive pas à le croire, je suis extrêmement surpris. La France lui doit beaucoup, mais il doit également à la France. L’Etat l’a notamment aidé financièrement dans le rachat de l’entreprise Boussac, en 1984. Citoyen d’un pays, il faut savoir vivre les côtés agréables, mais aussi accepter ceux qui le sont moins », avait-il encore observé.

Avec le recul, l’installation en Belgique de Laurent Tapie, dans le quartier protégé des milliardaires français apparaît donc cocasse.Laurent Tapie remplace Laurent Tapie

En réalité, ce choix ne doit sans doute rien au hasard. Car dans le clan familial, de nombreuses décisions ont été prises depuis le mois de juin, pour essayer de limiter l’onde de choc des avancées de la justice. D’abord, le 14 juin dernier, soit quelques jours à peine avant le placement en garde à vue de Bernard Tapie et sa mise en examen, le 28 juin dernier, la société BLT Développement, dont le capital est de 10 millions d’euros, tient son assemblée générale ordinaire et décide un changement de sa gouvernance.

A cette occasion, Laurent Tapie cesse d’en être le directeur général, et son successeur n’est plus une personne physique mais une société dénommée LTC, société dont le capital n’est que de… un euro ! Et dont l’associé unique se nomme… Laurent Tapie ! Selon des juristes consultés par Mediapart, la création de cette coquille-écran pourrait avoir pour objet de faire valoir vis-à-vis du fisc que Laurent Tapie n’est plus le gestionnaire direct de la société BLT Développement et donc le protéger d’éventuelles curiosités de l’administration fiscale, si celle-ci s’étonne de son exil en Belgique.

La clé est sous le paillasson. dans justice Tapie_Couv

à paraître le mercredi 16 Octobre

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