Italie

Insolvable ou insoluble

La dette, lourd fardeau du prochain gouvernement italien:

* L’endettement représentait 126% du PIB en 2012

* L’excédent primaire ne suffira pas pour réduire la dette

* Les privatisations ne sont pas la panacée

par Francesca Landini

MILAN, 22 février (Reuters) – Le vainqueur des élections législatives en Italie héritera d’une dette publique de 2.000 milliards d’euros, une somme colossale qui pourrait être mieux employée à relancer la croissance.

A 126% du produit intérieur brut en 2012, la dette italienne est à son plus haut niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La Commission européenne prévoit 128% pour 2013.

De sévères mesures d’austérité budgétaire mises en place depuis novembre 2011 par le gouvernement sortant de Mario Monti ont sauvé l’Italie d’un scénario catastrophe à la grecque sans enrayer l’envolée de l’endettement.

Dans la campagne en vue du scrutin de dimanche et lundi, tous les grands partis ont proposé leurs recettes pour diminuer l’ardoise.

Le Mouvement 5 Etoiles préconise le gel temporaire du versement des intérêts sur les emprunts d’Etat, en clair un défaut de paiement.

Le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi propose une vente massive d’avoirs de l’Etat tandis que le Parti démocrate (PD) de centre gauche, en tête dans les sondages, entend privatiser certaines entreprises et négocier avec l’Union européenne des objectifs plus souples de réduction de l’endettement.

Pour l’heure, Bruxelles exige que la dette soit ramenée en vingt ans à 60% du PIB.

Mais les analystes préviennent les investisseurs qu’ils ne doivent pas s’attendre à une réduction significative de la dette à court terme, étant donné la récession que connaît le pays depuis la mi-2011 et son taux de croissance faible à long terme.

Le service de la dette coûte 80 milliards d’euros au pays chaque année – l’équivalent de 5,5% du PIB, quatre fois le montant du budget d’austérité de Mario Monti.

« Personne ne pense que l’Italie pourra réduire sa dette à 90% du PIB dans les années qui viennent. Un plan de réduction crédible doit s’étaler sur vingt ans. L’Italie a besoin d’une thérapie de choc pour son économie », estime Alberto Alesina, professeur de politique économique à l’université d’Harvard.

Entre 2000 et 2010, le taux de croissance moyen de l’Italie a été inférieur à 0,3% par an, non seulement le plus faible de la zone euro mais l’un des plus bas du monde, devançant seulement le Zimbabwe, l’Erythrée et Haïti.

De 2007 à 2013, l’économie se sera contractée de 7% et dans ce contexte, réduire la dette est mission impossible.

« L’un des plus grands obstacles pour baisser l’endettement est et sera le taux de croissance », souligne Fedele De Novellis, économiste du groupe d’études REF Ricerche.

Les hausses d’impôts et les coupes budgétaires appliquées par le gouvernement Monti ont porté l’excédent primaire italien – l’excédent budgétaire hors service de la dette – à environ 3% du PIB à la fin 2012, le plus élevé de la zone euro.

Mais cela ne suffira pas si l’économie ne renoue pas avec la croissance, déclare Fedele De Novellis.

Les analystes estiment que le prochain gouvernement devra porter le taux de croissance à au moins 1% par an.

Un tel chiffre, associé à un maintien des taux d’intérêt à leur niveau actuel d’environ 4%, permettrait de réduire progressivement le ratio dette/PIB à 90% au cours des vingt prochaines années, sans avoir à augmenter encore l’excédent primaire.

Relancer la croissance italienne signifierait approfondir l’impopulaire réforme du marché du travail, réduire le coût du travail et réorganiser le système judiciaire réputé pour sa lenteur, dit Luca Mezzomo, directeur de recherches macroéconomiques à la banque Intesa Sanpaolo.

Vendre des parts d’entreprises publiques réduirait un peu aussi la charge de l’endettement. L’Etat possède environ 30% des groupes énergétiques ENI ENI.MI et Enel ENEI.MI , et reste le propriétaire unique de la poste et des chemins de fer.

Mais les prix du marché ne sont guère favorables actuellement.

Un rapport de l’institut Bruno Leoni, un groupe d’études libéral, estime que si le Trésor vendait toutes les parts détenues par l’Etat – y compris la RAI – il ne récolterait que 135 milliards d’euros, moins de 7% de la dette publique.

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