Grande-Bretagne

Ce qu’il n’a pas dit

David Cameron met en garde contre une lente sortie de la Grande-Bretagne de l’UE

Créé le 18/01/2013 à 08h39 — Mis à jour le 18/01/2013 à 08h44

Dans un discours très attendu mais qu’il a dû reporter, le Premier ministre britannique alerte l’Europe sur le risque d’une «dérive» de son peuple «vers la sortie» de l’UE…

La Grande-Bretagne risque de sortir peu à peu de l’Union européenne dont le projet pourrait être voué (? à l’échec), estime David Cameron dans un discours qu’il avait prévu de prononcer ce vendredi à Amsterdam.

Cette allocution, attendue depuis longtemps, a été reportée à la dernière minute en raison de la crise des otages en Algérie. Les conseillers du Premier ministre britannique ont indiqué qu’une nouvelle date serait prochainement annoncée.

Le chef du gouvernement devait présenter dans cette déclaration ses projets en vue d’une négociation du rôle de son pays au sein de l’UE et promettre la tenue d’un référendum sur l’accord qui pourrait éventuellement être conclu. David Cameron prévoyait d’expliquer à ses partenaires que l’Union européenne est confrontée à trois défis majeurs qu’elle doit résoudre: la crise de la dette dans la zone euro, l’effondrement de la compétitivité et le déclin du soutien public, en particulier en Grande-Bretagne.

«Si nous ne répondons pas à ces défis, le danger est que l’Europe va échouer et que le peuple britannique va dériver vers la sortie», devait dire David Cameron, selon des extraits de son discours diffusés par ses services.

«Je ne souhaite pas que cela se produise. Je veux le succès de l’Union européenne et je veux une relation qui maintienne la Grande-Bretagne à l’intérieur de l’Union européenne».

Le Premier ministre devait également mettre l’accent sur la frustration grandissante provoquée par un fossé de plus en plus important entre l’EU et ses 500 millions d’habitants.

Les sévères mesures d’austérité imposées dans plusieurs Etats de l’Union ne font qu’aggraver le problème, selon lui. «Il existe une frustration croissante liée au fait que l’UE est perçue comme quelque chose qui est fait aux gens et non comme quelque chose qui agit pour eux. Et cela est renforcé par les solutions exigées pour résoudre les problèmes économiques», prévoyait-il de dire.

«Les gens éprouvent de plus en plus de frustration à l’idée qu’ils ont de moins en moins leur mot à dire sur les décisions prises, que leurs conditions de vie sont entamées par une austérité forcée et que leurs impôts sont employés pour sauver des gouvernements à l’autre bout du continent».

Pour Cameron, les bouleversements provoqués par la crise de l’euro offrent une occasion à la Grande-Bretagne de renégocier les termes de sa participation au bloc des 27. Ses alliés internationaux, des dirigeants économiques et ses adversaires politiques ont tous mis en garde contre la possibilité qu’un débat sur l’avenir de la Grande-Bretagne dans l’Europe conduise à un isolement de Londres et débouche sur une sortie de l’union après 40 ans de présence.

Malgré cette mise en garde, le chef du gouvernement britannique juge qu’il serait une erreur d’éviter un tel débat car, selon lui, les électeurs commencent à perdre patience sur le continent.

«Il y a un fossé entre l’UE et ses citoyens qui n’a cessé de croître de manière spectaculaire au cours des années récentes et qui marque un manque de responsabilité démocratique et qui est ressenti de manière très vive en Grande-Bretagne», juge-t-il.

Les enquêtes suggèrent que l’opinion publique britannique est de plus en plus critique à l’égard de Bruxelles depuis quelques années. Une minorité au sein du parti conservateur plaide en faveur d’un référendum pour déterminer le maintien ou la sortie de la Grande-Bretagne. Un autre groupe, représentant une tendance plus marquée, a publié mercredi une liste de domaines dans lesquels il souhaite que la Grande-Bretagne reprenne ses prérogatives à l’égard de l’UE. Soumis à des pressions de toutes parts, David Cameron s’engage sur un chemin politiquement tortueux avec cette question de l’Europe qui avait accéléré la chute de l’ancien Premier ministre Margaret Thatcher.

E.O. avec Reuters

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