écologie

La nature de l’argent

Maxime Combes: «Veut-on confier aux marchés financiers l’avenir de l’humanité?»

La nature de l'argent dans écologieAlors que le sommet sur la biodiversité d’Hyderabad discute de méthodes de valorisation de la nature, Attac dénonce la transformation de la biodiversité en actifs financiers…

Combien vaut l’absorption du carbone par les arbres ? Et la pollinisation des plantes par les abeilles? Ces questions autant philosophiques que financières se posent au sommet des Nations Unies sur la biodiversité, qui se tient actuellement à Hyderabad, en Inde: la valorisation « des services rendus » gratuitement par les écosystèmes pourrait permettre de les préserver. Mais certaines associations, à l’image d’Attac, mettent en garde contre une financiarisation de la nature. Trois questions à Maxime Combes, membre d’Attac France.

Pourquoi dénoncez-vous la transformation de financements publics, destinés à protéger la biodiversité, en actifs financiers? Est-ce que ça ne pourrait pas être plus efficace?

C’est grave car si on confie à des marchés financiers, des banques, des entreprises, la protection de la biodiversité, on leur donne le choix de financer telle ou telle partie de la nature. Ne sera sauvé que ce qui est considéré rentable. On transforme la nature en «capital naturel» et on l’intègre au simple jeu du marché. Cela pose deux problèmes. Tout d’abord, les écosystèmes sont extrêmement complexes et on ne peut pas les réduire en éléments simples et quantifiables. Par exemple, une forêt stocke du carbone et purifie l’eau, on ne peut pas séparer ces deux fonctions, or c’est ce que les marchés voudraient faire en valorisant les services rendus par la nature. D’autre part, l’idée que les marchés et les acteurs privés sont mieux armés pour financer la préservation de la nature est dangereuse. On a vu avec le marché du carbone que cela ne fonctionne pas, puisqu’il a créé une série de problèmes et de défaillances internes et a surtout été un effet d’aubaine pour les multinationales. Veut-on vraiment confier aux marchés financiers l’avenir et la survie de l’humanité?

Pourquoi n’êtes-vous pas favorables aux mécanismes de «compensation»?

Un exemple: on nous dit que l’aéroport de Notre Dame des Landes sera écologiquement neutre car il est prévu de compenser les émissions de CO2 des avions par le marché du carbone et car la biodiversité détruite va être compensée par des projets ailleurs en France ou dans le monde. Cette comptabilité n’est pas acceptable car les écosystèmes ne sont pas échangeables les uns contre les autres. Nous préconisons plutôt des financements à la hauteur des enjeux pour protéger la biodiversité, via des taxes globales pour financer ces programmes internationaux et des régulations mondiales pour protéger la biodiversité.

En quoi la phrase du commissaire européen à l’Environnement, Janez Potocnik, «Utiliser le business pour protéger l’environnement», vous paraît-elle blâmable?

Car confier au secteur privé la protection de la nature, ce n’est pas raisonnable. On ne peut pas considérer que des acteurs privés et des marchés financiers, qui poursuivent leurs propres intérêts de rentabilité financière et économique, puissent gérer un intérêt public et le bien commun de l’humanité.

Propos recueillis par Audrey Chauvet
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