Espagne

De l’art de détourner l’attention

De l'art de détourner l'attention dans Espagne manipulationLe débat sur le droit à l’avortement ressurgit en Espagne

Avec la crise et les mauvaises nouvelles économiques qui s’accumulent en Espagne, les questions de société sont reléguées au second plan. C’est pourtant une petite révolution, ou plutôt une « involución » (« régression ») selon le terme espagnol, qui se prépare depuis Madrid. Le gouvernement de Mariano Rajoy entend modifier les conditions dans lesquelles une femme peut avorter, durcissant considérablement la législation en la matière.

Le ministre de la justice, Alberto Ruiz-Gallardón, souhaite revenir sur les délais du droit à l’avortement, réintroduire l’approbation parentale pour les mineures de 16 et 17 ans (actuellement, les parents doivent simplement être informés) et surtout, selon des annonces faites en début de semaine, interdire les avortements pour malformation du fœtus. La réforme des lois sur l’avortement faisait partie du programme électoral du Partido popular lors de la campagne pour les législatives de l’automne 2011, mais l’interdiction des avortements pour malformation fœtale n’avait pas été évoquée jusque là.

Pour El Pais, cette réforme constituerait une véritable marche arrière et porterait atteinte « au droit des femmes de décider de leur maternité ». Elle placerait l’Espagne à la traine de l’Europe(au sein de l’UE, seuls l’Irlande et Malte n’autorisent pas les avortements pour anomalies fœtales ; l’interruption volontaire de grossesse étant purement et simplement interdite à Malte), en revenant sur un droit introduit il y a vingt-huit ans.

La législation espagnole date, dans son ensemble, de 1985. Des modifications substantielles y ont été introduites en juillet 2010 par le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, permettant aux femmes d’avorter jusqu’à la quatorzième semaine de grossesse sans justification, et jusqu’à la vingt-deuxième semaine en cas d’anomalies graves du fœtus, moyennant l’approbation par deux médecins. Passé ce délai, un comité médical désigné par les autorités peut autoriser un avortement si le fœtus présente une pathologie « extrêmement grave et incurable ». Les cas sont rares, il s’agit de maladies cardiaques, de tumeurs ou de malformations cérébrales, qui font que le bébé ne pourra guère survivre plus de quelques heures après la naissance ou qui peuvent porter atteinte à la santé de la femme enceinte.

Environ 3 % des plus de 110 000 avortements pratiqués en Espagne en 2010 l’ont été pour malformation du fœtus, selon les chiffres publiés par le ministère de la santé. D’après les calculs du quotidien conservateur La Razòn, qui extrapole à partir de ce pourcentage, 90 % des fœtus pour lesquels une trisomie 21 est diagnostiquée seraient « éliminés » selon les termes du journal, qui milite en faveur d’une révision des lois sur l’avortement.

Dans une société très tiraillée entre progressisme social et conservatisme religieux, le débat promet de faire rage. Les organisations de planning familial et les experts en santé publique craignent qu’une telle réforme provoque de graves souffrances (lire dans El Pais le témoignage d’une mère de famille dont la fille est morte à l’âge de 7 mois) et accroisse le nombre d’avortements clandestins, multipliant les risques pour la santé des femmes. Beaucoup s’appuient sur une étude de l’Organisation Mondiale de la Santé qui, après avoir comparé les législations de différents pays, conclut que les lois les plus restrictives ne font pas diminuer le nombre d’avortements pratiqués et qu’au contraire, les risques pour la santé augmentent.

Le projet de réforme de Ruiz-Gallardón en est encore à l’état d’esquisse. Peu d’indications sont sorties sur la définition des « malformations fœtales » que le gouvernement entend donner. Les centres de planning familial, les cliniques et hôpitaux sont pour l’instant dans le flou. Mais nul ne doute de la volonté du gouvernement de réformer, et pour de nombreuses femmes, cela représenterait la perte d’un acquis fondamental.

Dimanche 29 juillet, un rassemblement est prévu devant le Parlement pour dénoncer ce projet de réforme, à l’appel de la plateforme des femmes devant le congrès. D’autres mobilisations sont attendues, à suivre notamment sur le site du manifeste « decidir nos hace libres » (Décider nous rend libres).

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