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à venir  dans EspagneAujourd’hui, alors qu’un sursaut est nécessaire, la confiance est rompue entre les Espagnols et ceux qui les dirigent, déplore le sociologue Fernando Vallespín.

 

Au cours de la législature précédente, nous vivions déjà une situation exceptionnelle, mais ceux qui gouvernent aujourd’hui n’ont pas voulu en tenir compte. A l’époque, le pays n’était pas prioritaire, seuls comptaient les intérêts électoraux. Une fois cet objectif atteint [l’arrivée au pouvoir des conservateurs de Mariano Rajoy en novembre 2011], nos dirigeants ont commencé à mettre en pratique tout ce qu’ils nous avaient promis de ne pas faire. S’ils l’avaient fait d’un coup,peut-être auraient-ils été un peu efficaces. Mais non, il a fallu en passer par l’homéopathie plutôt que le traitement de choc, parce qu’il restait encore quelques échéances politiques, comme les élections en Andalousie [en mars 2012].

Le gouvernement de l’époque [celui du Premier ministre José Luis Zapatero] n’a commencé à agir avec fermeté que lorsque l’Europe lui est presque littéralement tombée dessus. Dans les deux cas, les intérêts politiques des deux gouvernements ont prévalu sur ce que l’urgence de la situation imposait.

Résultat, une classe politique déjà tombée en disgrâce de son seul fait a fini par s’attirer l’opprobre. Ceux qui devaient être la solution dans ces moments si difficiles sont maintenant considérés comme les problèmes par une population de plus en plus sceptique. Personne ne croit plus en rien, ni en personne. Ni les politiques, ni les experts ou les technocrates, ni rien de ce qui vient des élites ou des institutions, n’inspirent confiance.

Nous nous trouvons dans la pire des situations possibles, parce que nous n’avons personne à qui nous fier. Et, pire encore, personne ne nous fait confiance ; du jour au lendemain, nous sommes devenus un pays paria. Nous, les citoyens, avons pris subitement conscience que nous étions seuls. Cette solitude et cette impuissance dans laquelle nous vivons conduisent au désespoir, voire au plus grand des nihilismes. Aucune société ne peut vivre sans avenir, sans se savoir maîtresse de son destin.

Presque tout est supportable, sauf la conscience d’avoir été trompés. Par la promesse de services publics devenus trop coûteux, par un modèle de développement économique construit sur du vent, véhiculant une fausse image de prospérité ; par une Europe qui était supposée contribuer à renforcer notre souveraineté au lieu de s’y substituer. Nous ne nous reconnaissons plus dans le miroir. Aussi parce qu’il n’y a rien derrière ceux qui nous le présentent.

Au final, nous n’avons que deux possibilités : briser le miroir, déchirer nos vêtements et sombrer complètement dans la dépression collective, devenir un pays de zombies sans but. Ou bien tirer profit des qualités que nous avons encore – qui ne sont certainement pas rares. Par ailleurs, en ce moment même, nous avons beau être seuls, nous sommes plus unis que jamais. Comme le disait bien Borges, “ce n’est pas l’amour qui nous unit, c’est la frayeur”. Et nous savons grâce à Hobbes que la passion qui nous pousse à coopérer n’est pas l’altruisme, mais la crainte.

Notre principal problème aujourd’hui est de savoir comment agir, comment transformer notre méfiance, notre perplexité et notre scepticisme en action positive. Réussir à faire des difficultés à affronter des solutions efficaces. Mais pour cela, il nous faut définir des lignes de conduite, apprendre à distinguer le nécessaire du superflu et changer les privations et les carences d’aujourd’hui en attentes d’un avenir plus radieux. C’est là que le leadership est essentiel, or c’est justement ce qui nous manque le plus.

En ce moment-même, ceux d’en-haut se limitent à contenir des incendies, sans perspective d’avenir qui guide leurs gestes ; pendant que ceux d’en bas – que peuvent-ils faire d’autre ! –  défendent dans la rue ce qu’on leur retire dans les bureaux. Il manque du liant, un élément qui nous rassemblerait dans un projet collectif et rétablirait ainsi la confiance perdue. Nous pouvons opter pour un conflit nihiliste à la grecque ou préférer la cohésion plus positive à l’islandaise ; transformer l’effroi en commotion paralysante et victimisante, ou en énergie créatrice et responsable. Voilà une chose qui dépend bel et bien de chacun de nous.

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